
Editeur :
Ego comme X
Collection
:
Date de publication : avril 2006
ISBN : 2-910946-55-X
Prix : 28,00 €
Couleur
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POINCELET Frédéric, Scénariste/Illustrateur |
Voici le livre de la délicatesse. Frédéric Poincelet y explore avec
une infinie justesse, les multiples chemins du sentiment
amoureux...
(Source éditeur).
En courts chapitres introduits par des citations empruntées à André
Gide,
Mon bel amour nous fait partager l'intimité de
quelques couples. Des femmes et des hommes, amants ou amis, se
questionnent, s'aiment, s'ignorent, baisent, se disputent, se
parlent trop peu, se séparent, regrettent, vivent dans la
conscience que toute relation est fragile.
Pour cette radioscopie de la relation amoureuse, Frédéric Poincelet
a fait des choix esthétiques et narratifs tout à fait particuliers.
La première chose qui saute aux yeux, c'est cette couleur
omniprésente dans le livre, une sorte de beige qui tire sur le
vert, la couleur la plus terne, la plus fade, la moins attirante
qu'on puisse imaginer. A l'exception des intercalaires qui séparent
les différents chapitres, toutes les pages, comme la couverture,
baignent dans cette couleur de fond. Sélectionner une telle teinte
est, en soi, déjà un message. La plupart des récits biographiques
ou autobiographiques cherchent à montrer le caractère exceptionnel
d'un destin. Pour Poincelet il s'agit au contraire d'insister sur
la banalité de certaines situations, d'en révéler
l'universalité.
Au lieu d'aller vers le stéréotype, la satire ou la caricature,
l'auteur a choisi de puiser dans l'intime, de s'en servir comme
témoignage. Les représentations des personnages sont très
détaillées, dessinées au trait avec une manière stylisée,
occasionnellement fausse pour choquer le regard, mais réaliste dans
le soin apporté à reproduire la pilosité, les imperfections des
visages et les expressions faciales.
Recouvrir d'une couleur ennuyeuse des situations paroxystiques est
une astuce très efficace pour les désamorcer. Ce dispositif est
complété par des dialogues d'une grande frugalité. Les personnages
font toujours le choix de prendre sur soi, de se réfugier dans
l'apathie et le non-dit. Et même quand ils parlent, c'est pour
donner raison à Saint-Exupéry, qui remarquait que « le langage est
source de malentendus ».
Impossible de se tromper : voici une oeuvre sensible et cérébrale,
où les émotions sont retenues et ne s'expriment que de façon
malhabile ("j'aime te baiser, mon amour", auquel un "ah, tais-toi
!" semble répondre un peu plus loin). Et quand le sentiment meurt,
tout juste voit-on perler deux larmes dans les yeux d'un
personnage, deux larmes blanches qui viennent déchirer le voile
beige du quotidien, de l'ordinaire. La souffrance n'est jamais
banale.