
Editeur :
L'Association
Collection
:
Eperluette
Date de publication : février 1999
ISBN : 2-84414-010-6
Prix : 9,00 €
Noir et blanc
"Je me souviendrais toujours du 27 avril 1917, et pas seulement
parce que c'était le jour de mes vingt ans. Ce matin-là, c'était
des vies qu'on soufflait à la place des bougies." Ce jour-là, à
peine sorti du cinoche, comme il dit, Varlot et son unité sont
sommés d'y retourner ; pas pressé de retourner servir d'humus à
tout ce qui ne pousse plus dans le no man's land, celui-ci se
rebiffe. Mais, malgré tout, "on est repartit comme des chiens, au
coup de sifflet".
Varlot se retrouve alors coincé dans
un trou d'obus avec trois compagnons d'infortune. Soulagés de ce
qu'ils ne vont pas mourir sous les tirs allemands mais parce que
l'artillerie française tire trop court :"Soyez contents, c'est de
l'obus français qui va nous réduire en bouilli !" Au moment où,
profitant de ce que l'artillerie allonge le tir, ils s'apprêtent à
rejoindre leurs lignes, une détonation retentit : Griffon, le
boute-en-train de la bande, s'est fait sauté le caisson après avoir
écrit une lettre. Seul survivant des quatre, après qu'un obus s'est
chargé du sort des deux autres, Varlot va s'employer à ce que cette
lettre arrive à destination.
Ce livre a été édité à l'occasion du quatrième Festival du Roman et
du Film Policier "Polars & Co" (5, 6 et 7 février 1999). Deux
ans après leur première collaboration (
Le Der des ders, chez
Casterman), Tardi et Daeninckx récidivent avec le même personnage,
celui de Varlot. Cette histoire se situe avant celle du
Der des
ders et raconte l'épisode qui donnera des cauchemars à Varlot
même une fois sorti de l'horreur des tranchées. Tardi, une fois de
plus, affronte une de ses périodes de prédilection pour raconter
des histoires : la Grande guerre. Allié à Daeninckx qui, comme lui,
semble un brin anar, ils racontent l'absurdité de la guerre, le
désenchantement d'une génération sacrifiée à coup de morceaux de
ferraille dans les chairs.
On y retrouvera Varlot chantant la chanson de Craonne, chanson qui
pouvait vous mener droit au peloton pour insubordination, du simple
fait de l'avoir chantée. À l'époque, son auteur a été condamné à
mort, une prime a été promise pour sa capture : c'est pourquoi
aujourd'hui encore il est resté inconnu, personne ne l'ayant
dénoncé. Cette petite anecdote pour vous donner une idée de la
joyeuse ambiance qui régnait à l'époque, qui est celle de
Varlot
soldat. Une courte histoire (38 p.) où l'humour noir fait
sourire autant que grincer les dents. Sombre et superbe.