
Editeur :
Çà et là
Collection
:
Date de publication : janvier 2007
ISBN : 2-916207-14-8
Prix : 15,00 €
Noir et blanc
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CAMPBELL Eddie, Scénariste/Illustrateur |
Alec, jeune homme d'une vingtaine d'années est employé dans une
aciérie du sud de l'Angleterre. L'auteur relate sa rencontre avec
celui qui deviendra son mentor en beuveries et pantalonnades: Danny
Grey, grutier et camionneur dans la même entreprise que lui...
(Source éditeur).
En relisant Campbell, je me suis interrogé sur la mort de Narcisse.
On s'accorde à dire qu'il est mort noyé, attiré pas le reflet de
son image, il se pencha au point d'être submergé par les flots où,
entraîné par les courants, il fut englouti.
En discutant récemment avec le photographe Moussa Soumaré, lors du
vernissage de son exposition sur l'artiste et ses doubles à Paris
(Galerie Utopia rue Mazarine), nous eûmes une longue conversation
où se joignit le musicien Ali Kahn et la peintre Amanda Lewis. Nous
étions les piliers (comme moi) ou les modèles (pour les plus
photogéniques) de ses travaux, lui-même se prêta à ses
interrogations ou introspections jusqu'à faire des autoportraits.
Donc nous parlions brillamment de nos arts, de la difficulté d'être
compris, mais aussi de créer, à tour de rôle - je patientais
humblement - puis je me fis prier pour parler d'écriture...
J'évoquais alors mon personnage principal, ce personnage qui par
bien des égards me ressemble, sans me ressembler, c'est un reflet
et cela rappelle la phrase de Cocteau : "Les miroirs feraient bien
de réfléchir avant de renvoyer les images"...
Les miroirs, mais aussi les rivières, dit Amanda qui nous expliqua
qu'elle venait d'inaugurer une nouvelle série autour de personnages
mythiques dont la figure de Narcisse (preuve s'il en était besoin
de nos affinités électives).
Elle m'apprit ainsi, que Narcisse était mort au moment où il se
renversa sur le rivage de son image... Moussa poursuivit avec un
acquiescement de la tête d'Amanda, que Narcisse ne faisant rien
d'autre que de s'admirer, il mourut d'épuisement. Et Amanda de
préciser : il rencontra son visage, il se dévisagea pendant des
heures qui devinrent des jours, des jours des semaines, il en
oublia de manger et de boire, il mourut de faim et de soif. Et Ali
Kahn conclu : Il venait d'oublier l'essentiel, pour vivre il faut
se nourrir.
Alec d'Eddie Campbell est l'une des premières oeuvres à se
réclamer, à se vouloir, à se penser autobiographique, ce que l'on
nomme en littérature : autofiction, genre créé dans les années 70
par Serge Doubrovsky.
Alec est donc intéressant pour ce
qu'il est, c'est-à-dire une ambition. Un projet artistique qui eut
un grand retentissement en Angleterre, il y a de cela plus de vingt
ans, et vingt ans après l'écho résonne enfin en France... un peu
tardivement. Depuis d'autres ont su dépasser voire transcender les
limites du moi, du dénigrement au contentement, de la réflexion
poussive, au verbiage spécieux...
Alec a le mérite (au
combien important) d'être une ébauche que des artistes
concrétiseront dans les oeuvres à venir tout au long de ses vingt
dernières années, par exemple :
Les
pilules Bleues de
Peeters
Frederik, ou le
Journal d'un Album de
Dupuy et
Berberian, ou l'
oeuvre de
Fabrice Neaud, ou les personnages de
Gabriella
Giandelli (elle parle très bien d'elle, quand il s'agit de
faire parler les autres). La concrétisation la plus évidente c'est
le
Blankets manteau de neige de Craig Thompson.
Certes
Alec est une oeuvre ancienne avec les moyens d'un
auteur débutant, mais il ne suffit pas de vouloir parler de soi, de
se livrer, de se délivrer pour faire oeuvre. Son dessin et plus
pertinent que son scénario c'est peut-être pour cela que le
meilleur de Campbell est dans
From Hell.