
Editeur :
Xiao Pan
Collection
:
Date de publication : mars 2007
ISBN : 2-940380-26-0
Prix : 10,50 €
Noir et blanc
|
BENJAMIN (Zhang Bin), Scénariste/Illustrateur |
One Day est un recueil de quatre nouvelles
intimistes.
Après
Remember et
Orange, Xiao Pan
publie
One Day, le premier album de Benjamin (ZHANG
Bin). Ce livre rassemble quatre courts récits et un artbook,
chacun de ces travaux étant abondamment commenté par l'auteur.
One Day fut publié en Chine en 2002, puis réédité dans
une version retouchée en 2005. Comme l'auteur est décidément
perfectionniste, il a apporté de nouvelles corrections pour la
version proposée au public français. Si les récits de One Day
sont moins autobiographiques que ceux de Remember, les thèmes
chers à l'auteur y sont présents : la recherche de soi, le
dépassement artistique et la rébellion contre la banalité de
l'existence et la routine.
De tous les auteurs chinois que l'éditeur Xiao Pan a fait découvrir
au public français, Benjamin est clairement un des plus
intéressants, et sans conteste le plus remarqué de tous.
Remarquable, il l'est à plusieurs titres : d'abord par son talent
pictural et sa virtuosité dans l'utilisation de la palette
numérique (entre autres travaux, il a composé un guide
d'utilisation de Photoshop destiné aux infographistes).
One
Day, en tant qu'oeuvre de jeunesse, permet de découvrir un
artiste en recherche de son style. D'où une grande hétérogénéité
graphique dans les différents récits, et parfois même au sein d'une
même histoire.
Un autre trait majeur qui caractérise Benjamin est son ambition
artistique. Alors que la plupart des auteurs chinois sont sous la
domination de l'écrasant modèle culturel japonais, Benjamin
revendique la possibilité de faire une bande dessinée différente.
Prétendre être unique dans une société confucianiste d'1,3 milliard
d'habitants, voilà qui n'est pas banal ! De fait, Benjamin s'est
forgé un « style » tout à fait singulier et identifiable. Sa
palette de couleurs notamment est très personnelle, avec des
teintes saturées jusqu'à la solarisation. Il est aussi un
portraitiste émérite, capable de capturer des émotions très
fragiles.
Enfin et surtout, Benjamin a une « attitude ». Il compose ses
bandes dessinées comme certaines Rock stars écrivent leurs chansons
: avec une intensité émotionnelle qui dépasse de loin la seule
valeur des mots et du propos. Vu de loin, cette sensibilité
exacerbée peut agacer, d'autant que le garçon soigne son look et
n'hésite pas à multiplier les photos, portraits, et commentaires
dans son livre. Benjamin semble aspirer à devenir une sorte de Pop
Idol, et chacun de ses livres peut être vu comme une lettre aux
fans ou à la postérité. C'est comme si la bande dessinée n'était
présente que comme révélatrice de la personnalité de son auteur. Le
véritable propos de
One Day n'est pas dans les bluettes
sentimentales qu'on y trouve, mais dans le portrait d'auteur
qu'elles contribuent à préciser. Benjamin cultive son image
d'éternel adolescent et d'artiste ténébreux, comme Jim Morrison
soignait son image de poète maudit.
L'éditeur Xiao Pan ne s'est pas trompé en publiant d'abord des
oeuvres plus matures, permettant d'apprécier la pleine mesure du
talent de cet auteur. Mais
One Day, avec ses récits en
noir et blanc, ses expériences en bande dessinée muette, complète
notre connaissance de cet auteur décidément atypique. Il est
illusoire de penser que
Remember,
Orange et
One day
sont des one-shots : ce sont les différents chapitres d'une saga
nommée Benjamin.