
Editeur :
Seuil
Collection
:
Date de publication : janvier 2005
ISBN : 2-02-079565-5
Prix : 12,50 €
Noir et blanc
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COOPER Dave, Scénariste/Illustrateur |
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Attention, oeuvre
choc et auteur majeur à découvrir ! Connu jusqu'alors des
seuls admirateurs du catalogue de l'éditeur nord-américain
Fantagraphics, le canadien (anglophone) Dave Cooper fait
partie des invités internationaux du festival BD d'Angoulême
2005, qui lui consacre aussi une exposition. Pour la première
fois, un de ses albums est adapté et édité en langue française
:
Ripple, une prédilection pour Tina. Le titre fait
écho à ses deux oeuvres précédentes : Crumple et Suckle, mais
s'en distingue par le sujet et le graphisme. Caractérisé
jusqu'alors par un trait organique déjanté, à rapprocher de
celui de
Killoffer, Cooper fait dans Ripple le choix d'un
style réaliste. Ou plutôt, de ce qui se fait de plus réaliste
tout en restant dans le champ de l'underground et de
l'expérimental. Le livre est édité dans une atypique
trichromie bleu blanc et magenta minoritaire. Les cases
tracées d'une main parfois tremblante et les cadrages
particuliers renforcent la perception d'un récit subjectif et
fébrile.
C'est l'histoire d'une addiction sentimentale et sexuelle. Martin,
artiste peintre, reçoit une bourse d'Etat pour préparer une
exposition d'oeuvres érotiques d'avant-garde : "l'érotisme de la
laideur". Pour trouver ses modèles, il confie sa carte de visite à
quelques passantes. Première à lui répondre, Tina est une jeune
femme blonde à la peau ingrate, grassouillette avec de grosses
lunettes et deux canines saillantes qui lui donnent un sourire
vicieux de vampire ingénue. Cette femme, que Martin a recrutée
parce qu'elle était aux antipodes de sa définition du beau ou du
désirable, va exercer une attirance sexuelle insoutenable sur lui.
Trois ans après les faits, Martin entreprend de dessiner ses
souvenirs pour exorciser l'influence que Tina a toujours sur lui.
Le récit à la première personne, la force et le nombre des détails
intimes, l'absence totale de censure et le traitement graphique où
le désir et les frustrations du narrateur sont palpables donnent au
lecteur le sentiment d'une oeuvre particulièrement impudique.
Quelle importance puisqu'il s'agit d'une fiction ? C'est que, comme
David Cronenberg le remarque en préface, les personnages sont
représentés de façon si vivante que le lecteur rejette
l'éventualité qu'il n'existe pas quelque part une Tina de chair et
d'os et que cette oeuvre ne soit pas autobiographique. C'est dire
combien Dave Cooper est crédible dans sa description des relations
entre Martin et Tina, complexe alchimie d'attirance et de
répulsion, de désir et de dégoût. De cette fuite en avant
sentimentale autodestructrice, fascinante jusque dans son
obscénité, le lecteur ressort grisé et comme atteint d'une étrange
gueule de bois.