
Editeur :
Ego comme X
Collection
:
Date de publication : juin 2003
ISBN : 2-910946-35-5
Prix : 28,00 €
Noir et blanc
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HUREAU Simon, Scénariste/Illustrateur |
A l’occasion d’une visite à des amis européens travaillant pour la fondation cambodgienne d’aide à l’enfance défavorisée, Simon Hureau s’offre une immersion dans ce pays, hors des sentiers touristiques. En mêlant une vraie poésie et un sens peu commun du réalisme, il en profite pour nous faire découvrir avec beaucoup de tendresse et d’humour le Cambodge d’aujourd’hui

Dimanche après-midi
Porte de la Villette, je suis assis à la terrasse du café de
la Musique, dans mon sac le livre de Simon Hureau que je viens
de lire dans les jardins du Parc. Autour de moi, l'animation
d'une fin d'après-midi ensoleillée, près de moi je surprends
les conversations, je termine mon café, un couple s'installe à
mes côtés. Ils ont la trentaine, ils ne sont pas de Paris, car
la première chose qu'ils font, c'est d'être surpris par les
prix des consommations. La jeune femme refuse le racket, le
jeune homme résigné lui dit que le tarif est le même, au moins
ici le cadre est agréable. Nous avons un sourire complice, je
leur demande d'où ils sont, de Rouen, ils sont descendus pour
le week-end. Ils me demandent si je suis de Paris, je dis oui
et non, je reviens de voyage, d'un long voyage. Ils déplacent
leurs chaises, approchent leur table, vous revenez d'où ? Me
demande la jeune femme, j'allume une cigarette, et je commence
mon récit...
Je reviens d'un pays où les morts s'invitent dans vos rêves, je
reviens d'un pays où les âmes sont errantes, je reviens d'un pays
où la violence et la beauté sont à chaque coin de rues, je reviens
d'un pays où les ordures sont des fragments de vies, je reviens
d'un pays où les temples sont des mausolées, je reviens d'un pays
où le simple fait de manger s'apparente à de l'anthropophagie
puisque dans ce pays on croit à la réincarnation, je reviens d'un
pays où l'amitié n'est pas un vain mot, je reviens d'un pays où je
partis retrouver mes amis, je reviens d'un pays qui n'a que faire
des touristes, je reviens d'un pays qu'on ne découvre vraiment que
la nuit venue, je reviens d'un pays où pour se retrouver il faut se
perdre, je reviens d'un pays qui se donne à vous quand on vous a
tout pris, que vous n'avez plus rien, je reviens d'un pays où il y
a un musée du génocide, ce musée est une ancienne école qui, sous
le régime Khmers, a été transformée en centre de torture, il y a
vingt ans, un peu plus de vingt ans. Pourtant ce musée quand vous
entrez, l'atmosphère est prégnante, comme si c'était hier... comme
si... c'était aujourd'hui... Dans ce musée, comme dans les temples,
comme dans les rues, comme dans les champs... Il a des empreintes,
des traces, des esquisses, des mots, des maux, des noms, je reviens
d'un pays que les hommes n'ont pas pu changer, aux paysages
immuables, à la végétation luxuriante, je reviens d'un pays en noir
et blanc, entre le Laos, le Vietnam, la Thaïlande...
Vous êtes allé au Cambodge ! dit-elle...
Oui... Hélas... je dois vous quitter.
Vous partez en voyage me demande-t-il ? Oui, je dois trouver un
livre de Simon Hureau& Simon Hureau, c'est le nom d'un
explorateur, fait-elle... Non celui d'un dessinateur... Non
laissez, le café c'est pour nous, on vous invite... Merci... Non
c'est nous qui vous remercions pour le voyage...