
Editeur :
Carabas
Collection
:
Date de publication : août 2005
ISBN : 2-351-00000-5
Prix : 12,90 €
Couleur
Sur le bord d'un étang, un crapaud pense à l'amour. Pardon, l'Amour, avec un grand "A" majuscule, c'est capital !
Notre crapaud veut fuir cette sexualité bestiale qu'est celle de sa condition. Hors la reproduction, point de salut !
(Source éditeur).
Je ne connais quant à moi, que des anges. C'est par
cette citation de Léo Ferré, que nous entrons dans l'univers
fantasmagorique de Sybille Titeux de la Croix et du dessinateur
Mikhaël Allouche.
Nous sommes au printemps, et pour ceux qui ne le savent pas, le
printemps, les crapauds partent pour leur migration annuelle, ils
se rendent à l'étang pour y retrouver leurs dames, de cette union,
copulation pour reprendre le terme de notre crapaud chanteur de
narrateur : naîtrons des milliers de têtards imbéciles...
Parce que voyez-vous notre narrateur, est un esthète, mais surtout
c'est un philosophe, il se pose d'innombrables questions, et la
première de toutes ses questions, c'est : "L'amour dans tout ça
!"
Cette oeuvre fait preuve d'une grande inventivité tant par son
dessin que par son écriture, exceptée en ce qui concerne la planche
7 et 8. L'humour y devient tout à coup vulgaire.
La scène est la suivante : une belle jeune femme au bord d'un
étang, venant y panser ses blessures d'amour, s'abandonne au chant,
ce qui charme notre crapaud chanteur, qui va à sa rencontre,
sachant que pour répondre à sa question, il aura besoin davantage
de ressource que ne le permet sa condition de batracien.
Toutefois comme c'est un crapaud lettré, il s'en va quémander un
baiser, ce que s'empresse de lui octroyer la délicieuse jeune
femme. Le voici aussitôt transformé non pas en prince, mais en une
caricature de métèque, la page 7 de cet ouvrage est un pavé dans la
mare, c'est à rien y comprendre, c'est sensé être drôle, l'homme
s'apostrophe, il dénigre son physique, son verbe, il insiste auprès
des auteurs pour qui lui octroie les attributs de ses ambitions :
Il me faut les beaux habits et les manières pour fréquenter l'beau
monde. La classe et tout et tout !
Aussitôt son souhait se réalise... Dans un premier temps, j'ai
failli refermer le livre, puis je me suis dit, qu'un livre qui
commence par une citation de Ferré, méritait qu'on s'y
attache...
Donc voici notre crapaud, devenu un beau prince, qui va traverse la
ville, à la poursuite de l'amour avec son fidèle compagnon une
grenouille aussi bavarde qu'insolente. Les dialogues sont très
drôles, d'une grande fantaisie, les pages 14, 18, 24, 49 sont
autant de variations de comment peut-on aimer ? Qu'est que l'amour
? Nous aurons besoins de plus d'une cinquantaine de pages pour
venir à bout de cette interrogation. Le texte est superbe (sauf
cette planche 7) et le dessin est proche à la fois de Nicolas de
Crécy mais aussi de Fred (tout comme l'univers), donc
extraordinaire.
DROIT DE REPONSE :
En réponse à la
critique de Mr N'Dongo, nous souhaitons apporter un éclairage sur
ce qu'il a pu entrevoir lors de sa lecture des pages 7 et 8 de
notre album.
En effet, il est extrêmement regrettable pour nous de constater que
malheureusement ces pages puissent porter à
confusion.
Il n'a jamais été
ici question de mettre en scène de manière péjorative un personnage
étranger, bien au contraire...
Celui-ci apparaît
telle une parenthèse du réel au début d'un conte.
Il sait quil ne sera
pas le jeune premier, ne pouvant correspondre aux convenances du
genre communément attendues par le lecteur occidental (tout comme
le jeune homme qui nous occupera par la suite ne correspondra pas
plus aux critères des « princes charmants », ne faisant
qu'illusion, celui-ci existant pour servir très précisément
lhistoire... ).
Cependant il aurait
été bien cruel pour nous de ne pas accorder une place, cest à dire
une planche, à cet homme de l'ultra réel, prince de tous les jours,
subissant lui sa condition d'immigré.
Aussi, en hommage à
nos familles de métèques, vendeurs d'oranges et de gants, nous ne
pouvons quêtre fier de sa présence dans cet album où il ne peut
être le sujet principal mais à n'en point douter nous le
retrouverons bientôt en habits de roi.
Nous remercions Mr
N'Dongo pour avoir parler aussi ouvertement de ce qu'il a pu
ressentir car cela nous permet de continuer nos réflexions sur les
sujets qu'il aborde, ainsi que pour sa
sollicitude.
Merci aussi à Clair
de bulle pour ce droit de réponse, et à bientôt pour de nouvelles
aventures...
Mikhael Allouche et
Sybille Titeux de la Croix.