
Editeur :
Dynamite
Collection
:
Canicule
Date de publication : janvier 2007
ISBN : 978-2-915101-25-6
Prix : 19,50 €
Couleur
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BALDAZZINI Roberto, Scénariste/Illustrateur |
Préfacier de cette belle et troublante bande dessinée érotique,
Moebius le résume ainsi : un monde sexuel d'une sérénité qui vous
prend à la gorge, comme si vous étiez face au spectacle d'un
paradis non pas perdu, mais enfin trouvé. Et de l'artiste qui a
imaginé cet Eden sensuel, Moebius dit qu'il est un ange qui nous
laisse entrevoir Baldazinni, une série débutée il y a dix ans en
Italie, dont le tome 4 est en cours de prépublication aux USA. Seul
le tome 1 avait été vu en France, en 2000, en petit format et en
noir et blanc. Voici enfin l'édition que les fans attendaient : en
couleurs et dans un grand format regroupant les tomes 1 et 2. La
porte des rêves est ouverte.
(Source éditeur).
Les éditions Dynamite sont une émanation de la Musardine, rare
éditeur français à poursuivre une politique éditoriale digne de ce
nom dans le champ de l'érotisme. Précédemment édité en partie, il y
a longtemps - plus ou moins sous le manteau - par les éditions
Geisha, voici réunis les deux premiers volumes de
Casa
Howhard dans la collection Canicule, dirigée par Bernard
Joubert, en un bel album - préfacé par Moëbius -qui devrait combler
les amateurs.
Bon, avant d'entrer dans le vif du sujet, permettez moi une petite
digression : il est tout de même étonnant de penser que l'érotisme
en bande dessinée est un genre qui, malgré l'apparition vers la fin
des années soixante d'une génération d'auteurs marquante, reste la
plupart du temps un produit de bas étage destiné à remplir les
étagères des sex-shops ou des boutiques d'autoroute. Scénarios
affligeants, dessinateurs minables, bref, pas de quoi se relever la
nuit : pour un Pichard, un Forest, un Crepax, un Magnus, un
Schulteiss - ou une Aurélia Aurita pour citer une des seules
auteures contemporaine - combien de tâcherons sans intérêt ? On
aurait pu penser que le médium bande dessinée aurait permis
justement les livres les plus audacieux, libérés de la culpabilité
et de l'exploitation humaine caractéristique de l'industrie du
sexe. La faute en revient peut-être au monde de l'édition, souvent
frileux pour ne pas dire plus, à l'état français toujours prompt
quoi qu'on en dise à tomber sur les éditeurs de bande dessinées au
nom de la protection de la jeunesse, et peut-être aussi aux auteurs
dont l'imagination se limite rapidement lorsqu'on entre sur ce
terrain.. Curieusement, c'est plutôt dans le champ de
l'illustration qu'on trouvera les choses les plus intéressantes :
Gus Bofa, Nicole Claveloux, Claire Wendling ou Tomi Ungerer nous
ont offert des pages troublantes et magnifiques mais qui n'ont rien
à voir avec la bande dessinée...
Pour le reste, « carnets secrets » et autres figurines géantes
destinées à satisfaire le collectionneur masculin de base
envahissent les étals des libraires de manière récurrente...
Pathétique ? Heureusement, avec l'avènement éditorial du manga, il
arrive que l'on tombe sur de petits chefs d'oeuvre comme la série
Stairway to heaven de Makoto Kobayashi. Et puis, comme
souvent, il y a l'Italie : La configuration éditoriale transalpine
fait que la plupart des auteurs italiens ont été amenés, pour des
raisons principalement pécuniaires, à dessiner au kilomètre des
bandes coquines certes discutables mais souvent servies par une
virtuosité graphique inédite par chez nous. Parmi eux, citons
l'éternel Milo Manara (qui, rappelons le, a tout de même réussi à
pondre un très bel album, dont j'ai déjà parlé je crois dans une
chronique consacrée à
Sergio
Toppi, avant de s'engluer dans d'interminables séries certes
génératrices de pognon en quantité astronomique mais d'un intérêt
artistique très discutable.).
Alors Roberto Baldazzini : peu connu en France mais auteur dans son
pays de nombreux livres et titulaire de plusieurs prix prestigieux.
L'occasion pour nous de découvrir un grand dessinateur, au trait
épuré et puissant, doublé d'un grand auteur à l'imaginaire unique.
Son approche totalement décomplexée du sexe tranche singulièrement
avec le reste de la production. Pas la moindre trace de culpabilité
ici, on baise à longueur de page, dans la joie et la volupté, entre
personnages troubles, au sexe indéfini, à l'obscénité joyeuse et
revendiquée, génératrice d'une poésie rare, infiniment
troublante.