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Editeur :
Warum
Collection
:
Date de publication : janvier 2005
ISBN : 2-915920-04-4
Prix : 12,00 €
Noir et blanc
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BERGER Mélanie, Scénariste/Illustrateur |
A l'époque de la Grèce héroïque, Médée est une princesse de
Colchide. Prêtresse et magicienne, elle tombe amoureuse de Jason
lorsque ce dernier, à la tête des Argonautes, débarque à la
conquête de la Toison d'or. Par amour, Médée trahit les siens, et
va jusqu'au crime. Elle fuit avec Jason et lui donne deux
enfants... mais bientôt il l'abandonne pour Créüse, fille du roi
Créon. Ivre de jalousie et de colère, Médée tombe dans un désespoir
furieux, proche de la folie. Créon lui ordonne de quitter le pays
avant la célébration du mariage de sa fille avec Jason...
Directement
inspirée par la pièce de théâtre de Jean Anouilh, elle-même
réécriture moderne d'une tragédie d'Euripide (480 - 406 av.
JC), Médée de Mélanie Berger est une oeuvre
bouleversante par l'intensité des sentiments qu'elle met à
jour : la lâcheté de Jason, le désemparement de Médée, sa
colère et le besoin de tout détruire pour repartir à zéro. Et
bigrement intéressante dans sa forme. Texte et images
s'entremêlent pour former un récit, c'est donc sans conteste
une bande dessinée. Mais point de cases ni de bulles dans ce
livre. Le texte est présenté à la manière des pièces de
théâtre : en dialogues où chaque réplique est précédée par le
nom du personnage qui la prononce. Toutefois, le texte de
Mélanie Berger se distingue d'un texte de théâtre par son
rapport aux dessins d'une part, et au support livre d'autre
part.
Le texte d'une pièce de théâtre n'est pas l'oeuvre. Il est un
simple document de travail pour les acteurs et le metteur en scène,
chargés de créer la pièce. L'oeuvre, c'est ce qui se passe de
vivant et qui fait spectacle. Ici, le texte n'a pas pour vocation
d'être joué, mais d'être lu, y compris dans sa dimension graphique.
Les différentes répliques occupent sur la page un espace choisi par
l'auteur, et l'espace vide entre deux lignes est une indication des
silences, des émotions et des hésitations des personnages.
Et puis il y a les dessins. Dans Médée, les dessins sont
de deux natures. A côté des répliques, on voit parfois de petites
silhouettes stylisées représentant l'un ou l'autre des personnages,
sans montrer de visage. Le lecteur est laissé libre, au-delà de
cette indication gestuelle, d'imaginer le reste des mouvements, les
visages et les émotions.
Mélanie Berger ne s'en tient pas à ce minimalisme graphique : pour
illustrer les dialogues, de grands dessins exposent, non pas un
décor ou une représentation physique de ce qui se passe, mais
plutôt une représentation émotionnelle de la situation, sous une
forme relativement abstraite.
A nouveau, le lecteur est mis à contribution : charge à lui
d'interpréter ces dessins. C'est parfois simple, comme lorsque «
soudain Créon apparaît », illustré par un cube monumental qui se
déplace en marquant un sillage à sa suite. L'image n'est guère
figurative, mais l'importance sociale du personnage, son caractère,
son "aura" sont représentés assez justement. Ailleurs, les dessins
peuvent être moins limpides, mais on voit des corps en
déséquilibre, des vertiges, des meurtrissures, des explosions, des
nervures... Et on ressent la fureur, la peur ou le dégoût des
personnages.
Outre ses qualités esthétiques et la puissance de son récit, Médée
prouve par l'exemple, et sans partir dans des délires
incompréhensibles, qu'il y a encore beaucoup à explorer dans le
domaine des littératures graphiques, pour le plus grand bonheur des
amateurs.