Origine : France
Site : www.xiaopan.com
Une telle passion pour la bande dessinée chinoise, cela
méritait quelques questions à Patrick Abry, fondateur des éditions
Xiao Pan :
- Quels ont été vos premiers contacts avec la
Chine, et plus particulièrement avec la bande dessinée chinoise
?
Dans mon emploi précédent, dans une entreprise française
internationale, j'étais souvent amené à effectuer des déplacements
professionnels en Asie. C'est ainsi que j'ai pu rencontrer des
Chinois dessinateurs, qui partageaient la même passion que moi pour
la bande dessinée.
- En octobre 2005, vous avez participé à l'organisation du
premier Festival de l'image dessinée française à Beijing. Quel en
est le bilan ?
C'était un véritable challenge, une
expérience exaltante dont tous les participants se souviendront
longtemps, tant elle s'est révélée riche en échanges et en
rigolades. Nous avons réussi ce pari un peu fou, mais cela nous a
conduit à devoir assumer une grande partie du déficit budgétaire
(causé par l'abandon des sponsors publics en particuliers). Mais
enfin, cela nous a permis de poser les premiers piliers d'un pont
reliant le monde de la BD franco-belge et celui de la BD
chinoise.
- C'est donc à cette occasion que votre projet éditorial a vu le
jour ?
Oui, lors de la préparation du Festival. Le projet
Xiao Pan est né d'une nécessité : en rencontrant les auteurs
chinois (notamment Benjamin), je ne comprenais pas que leurs
talents puissent rester méconnus en Europe.
- Comment sélectionnez-vous vos auteurs ?
Comme beaucoup
d'éditeurs, je fonctionne au coup de coeur, en essayant de en pas
perdre de vue le marché... Ce qui n'est pas toujours facile. Avec
le Festival de Beijing, beaucoup d'artistes connaissent maintenant
Xiao Pan et sa politique éditoriale. Pour eux, c'est une approche
très nouvelle. En Chine, les éditeurs sont tous des structures
d'Etat, avec des employés fonctionnaires très indifférents au
travail des auteurs. Les exceptions sont rares. Aujourd'hui, c'est
le bouche à oreille dans la profession et la communication que nous
faisons sur le web chinois qui m'envoie les auteurs. Et puis j'ai
la chance d'avoir des partenaires locaux qui sont très actifs.
- Le nom "Xiao Pan" signifie t-il quelque chose ?
Je n'ai
fait qu'utiliser la recette de bons nombres d'éditeurs célèbres
(Dargaud, Dupuis et les autres) : j'ai pris mon nom comme label.
Avec quand même une originalité : Xiao Pan, c'est le surnom
asiatique que m'ont donné les Chinois (c'est une pratique courante
en Chine quant vous développez des affaires à long terme avec eux).
Je me suis donc contenter de l'utiliser. Je voulais un nom dont la
sonorité serait immédiatement identifiable à la Chine. Idem pour le
logo.
- Vous insistez pour qu'on parle de "bande dessinée chinoise" au
lieu d'une appellation plus locale comme existent manga, manhwa,
comics ou fumetti. Quelle raison à cela ?
C'est surtout pour
éviter de se faire coller l'étiquette manga qui aujourd'hui est
réductrice et qui est même péjorative dans la bouche de beaucoup
d'adultes. C'est aussi la raison pour laquelle nous avons voulu
commencer avec des albums en couleur, dont Le fils du
marchand au format cartonné 22x30. En fait, on peut dire BD
chinoise ou man hua, son nom local. Mais je voulais par
dessus tout éviter le terme "manga chinois"...
- Parmi les trois premiers livres des éditions Xiao Pan, deux
sont inédits en Chine. Est-ce à dire que vous faites réaliser en
Chine des bande dessinées conçues pour le marché européen
?
Non ! Au contraire, je réponds à une attente des auteurs
chinois : pouvoir faire éditer leurs travaux sans contrainte, leur
permettre de raconter ce qu'ils veulent, comme ils le veulent
(j'exclus toutefois tout contenu qui attaquerait le régime en
place). Le fils du marchand a été prépublié en noir et
blanc, mais dans une version édulcorée, sans scène d'érotisme. My
street avait été prépublié partiellement. Mais pour les auteurs,
l'aboutissement reste l'album qu'ils ont entre les mains. Et j'ai
en cours des vrais projets partant juste d'une idée et de 2 ou 3
pages avec des auteurs, publiés prochainement chez Xiao Pan.
- Xiao Pan ouvre le marché de la BD chinoise...
Craignez-vous que les éditeurs déjà implantés dans l'édition de
mangas ou de manhwas ne cherchent à s'infiltrer sur votre "créneau"
?
Ils vont fatalement y venir. Mais le marché est
vaste, et j'ai un réseau et une crédibilité qu'ils n'ont pas encore
(la taille ne suffit pas !). De toute façon, je n'ai pas la
capacité à éditer tous les artistes chinois. Je cherche juste à
éditer les meilleurs (en terme artistique ou en terme de marché, ou
les deux ensemble, ce qui est le rêve de tout éditeur) avant tout
le monde.
- Et comment souhaite t-on "bonne chance" en chinois
?
En voilà une colle ! Je vais me renseigner. C'est une
chose que mes partenaires et amis ne m'ont jamais dite...
Interview réalisé par Jérôme Briot
Xiao Pan, structure française spécialisée dans la publication de bandes dessinées d'auteurs chinois, née en 2006